Après l’hécatombe hivernale, les macareux rescapés regagnent l’Atlantique, voici pourquoi

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Ils sont fragiles, trempés, à bout de forces. Puis, en quelques battements de pattes palmées, les macareux regagnent l’Atlantique. Ce retour à la mer, presque silencieux, dit beaucoup plus qu’un simple relâcher d’oiseaux. Il raconte aussi une saison de tempêtes, de pertes massives et de combat quotidien pour les sauver.

Un retour en mer qui fait du bien, mais qui ne doit pas tromper

Sur le bassin d’Arcachon, en ce matin de mars, sept macareux moines retrouvent enfin leur liberté. Après un mois de soins au centre de la LPO d’Audenge, ils glissent vers le large, direction le Banc d’Arguin. Le moment est beau. Il est aussi très émouvant pour les équipes qui les ont soignés jour après jour.

Mais derrière cette scène presque apaisée, il y a une réalité bien plus dure. Cet hiver, les macareux ont payé un prix très lourd sur les côtes atlantiques. Des dizaines de milliers d’oiseaux ont été retrouvés échoués sur les plages, parfois déjà morts, parfois encore récupérables de justesse.

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Pourquoi autant de macareux ont-ils été retrouvés sur les plages ?

La réponse tient en grande partie aux tempêtes successives. En janvier puis en février, des vents violents ont balayé l’Atlantique. Dans ces conditions, les macareux peinent à se nourrir correctement en mer. Ils dépensent aussi beaucoup d’énergie pour lutter contre les éléments.

Le problème, c’est qu’un oiseau marin a besoin de rester en forme pour survivre à l’hiver. Quand la nourriture se fait rare et que la mer se déchaîne, il s’affaiblit vite. Chez les macareux, cela peut devenir fatal en quelques jours.

Les chiffres donnent le vertige. Environ 48 000 macareux échoués ont été comptés cet hiver depuis le Portugal jusqu’à la Bretagne. Rien que sur les côtes françaises, on en compte près de 38 000. Et ce total reste sans doute en dessous de la réalité, car un oiseau retrouvé sur une plage cache souvent bien d’autres morts en mer.

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Des animaux épuisés, souvent au seuil de l’impossible

Quand ils arrivent au centre de soins, les macareux sont souvent méconnaissables. Leur poids a parfois chuté de moitié. Un macareux en bonne santé pèse normalement entre 400 et 500 grammes. Certains n’atteignaient même plus 36°C, alors que leur température corporelle normale se situe autour de 41 à 42°C.

Autrement dit, beaucoup arrivaient déjà dans un état critique. Ils étaient trop faibles pour manger seuls. Ils ne pouvaient plus se nettoyer. Et chez ces oiseaux, ne plus pouvoir entretenir le plumage est très grave, car l’étanchéité disparaît. Sans cette protection, ils perdent encore plus de chaleur et d’énergie.

On comprend alors pourquoi chaque sauvetage ressemble à une course contre la montre. Il faut réchauffer, réhydrater, nourrir, puis seulement envisager un retour à la mer. Rien n’est simple. Rien n’est rapide.

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Dans le centre de soins, chaque geste compte

Face à l’afflux, les équipes ont dû s’organiser en urgence. Une unité mobile de soins intensifs a été amenée depuis La Rochelle. Les soigneurs ont aussi renforcé les équipes pour faire face à des arrivées quasi quotidiennes, parfois à raison de 150 à 200 oiseaux par jour.

À l’arrivée, certains oiseaux doivent être intubés car ils ne mangent plus. D’autres sont réhydratés en priorité. Ensuite, ils passent en couveuse pour être réchauffés. Vient aussi le lavage, indispensable pour restaurer l’étanchéité du plumage.

Puis commence une autre étape, plus discrète mais tout aussi importante. Les oiseaux sont placés dans des bassins spéciaux qui reproduisent les courants marins. L’idée est simple. Il faut les remettre doucement en condition avant de les relâcher. Un macareux ne repart pas en pleine mer comme on ouvre une porte. Il doit retrouver ses réflexes, son énergie, sa place dans le monde sauvage.

Pourquoi si peu d’oiseaux survivent vraiment ?

Sur environ un millier d’oiseaux amenés au centre, un peu plus de 200 seulement ont survécu aux premières 48 heures. Et parmi eux, à peine 10 % seront finalement relâchés. Ces chiffres disent tout de la violence de l’épisode.

Le macareux est un oiseau marin vulnérable au niveau mondial. En France, il est même classé en danger critique d’extinction. Quand une année comme celle-ci survient, la menace devient encore plus concrète. Ce n’est pas seulement une mauvaise saison. C’est un signal d’alerte.

Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, parle d’une année terrible. Le mot est simple. Il est juste aussi. Car quand une espèce déjà fragilisée subit une telle hécatombe, chaque perte compte double.

Le réchauffement climatique change la donne

Ce type d’échouage n’est pas nouveau. En 2014, une autre année marquée par des tempêtes à répétition, près de 50 000 oiseaux avaient péri. Mais ce qui inquiète aujourd’hui, c’est la répétition possible de ces épisodes. Et leur intensité.

Selon les équipes de la LPO, le réchauffement climatique rend les tempêtes plus violentes. Il réchauffe aussi les mers, ce qui peut déplacer ou faire manquer certaines proies aux oiseaux marins. Résultat, les macareux et d’autres espèces comme les guillemots ou les fous de Bassan se retrouvent plus souvent en difficulté.

Et si les hivers deviennent plus rudes pour eux, les sauvetages risquent de se multiplier. C’est ce qui rend ces images à la fois belles et inquiètes. Oui, les oiseaux repartent. Mais pourquoi reviennent-ils si souvent blessés, épuisés, presque perdus ?

Ce que ce retour à la mer nous rappelle

Le relâcher de ces sept macareux est un soulagement. C’est aussi une petite victoire. Une victoire humaine, patiente, concrète. Elle repose sur des mains qui soignent, observent, réchauffent, lavent et recommencent.

Mais elle rappelle surtout une chose essentielle. La mer n’est pas toujours synonyme de liberté tranquille. Pour certains animaux, elle devient un espace dur, imprévisible, parfois hostile. Et quand les tempêtes se succèdent, la nature entière en ressent les secousses.

Voir ces macareux repartir au large donne espoir. Cela montre qu’un sauvetage est possible. Mais cela invite aussi à regarder autrement ces oiseaux au bec coloré, souvent surnommés perroquets des mers. Derrière leur allure presque drôle, il y a une grande vulnérabilité. Et aujourd’hui, elle ne peut plus être ignorée.

Sandrine Chevalier
Sandrine Chevalier

Je vis a Rennes et je couvre le monde animalier depuis 9 ans apres un BTS gestion et protection de la nature. Je travaille surtout sur le comportement du chien et du chat, avec un oeil attentif aux oiseaux de jardin. J'aime verifier les faits avant d'ecrire.

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